La “téléphonie automobile” étend son réseau au Cameroun
On ne peut nier les bienfaits que lusage du téléphone portable nous a apporté. Malheureusement, des automobilistes veulent en faire un instrument de mort violente.
Paul T. est chauffeur de taxi dans la ville de Douala. Hier, il était de service. Sur le chemin, son téléphone portable sonne. Paul sexcuse auprès de ses passagers, clignote, et gare son véhicule au bord de la route. Il a pour une minute de conversation. Quand il a fini de converser, il reprend la route. Tous les passagers, bien que surpris de constater que ce soit un chauffeur de taxi qui soit si « civilisé », approuvent largement cette prudence. Les chauffeurs de taxi en effet, sont très souvent considérés comme des délinquants qui ne font quà leur tête. Pour Paul, ce nest pas seulement une question de « civilité », mais de prudence : « Que dirais-je, si pendant que je suis au téléphone, je cause un accident ? Vos vies, la mienne, et celles de ceux de lautre véhicule sont inutilement en danger. Je préfère vous faire arriver en retard à vos rendez-vous que de vous faire ne jamais y arriver
» Malheureusement, ils ne sont pas nombreux, les automobilistes qui pensent et agissent de la sorte. En grande majorité, ils donnent une image pathétique de personnes qui tiennent à faire valoir quelque chose, et plus singulièrement, leur réussite sociale. Sur les artères de nos métropoles, ils ont toujours une main à loreille, lautre sur le volant. Lallure fière, ils tiennent absolument à se faire remarquer par les pauvres piétons qui daprès eux ne peuvent pas soffrir un véhicule. Mais pour quelles raisons peut-on émettre ou répondre à un appel téléphonique en pleine conduite automobile ? La question nest pas anodine. Lenjeu est grand, et ce sont de nombreuses vies que lon met en danger, dans linsouciance totale. « Ecoutez, je suis homme daffaires, je ne peux laisser tomber mes affaires. Il faut que je rattrape le temps. Si cest un partenaire avec qui un accord me rapportera gros, ne me demandez pas dignorer son appel sous le prétexte que je suis au volant
», a déclaré une de ces personnes qui téléphonent en même temps quils conduisent. Pour un autre, cest limportance du coup de fil qui détermine sil faut ignorer ou prendre un appel : « Ma femme peut avoir à me communiquer un important message que jattends
Je prends le coup de fil, et je ralentis le véhicule. » Cest clair que de telles réflexions montrent que nous ne sommes pas encore sortis de lauberge. On a connu lors des campagnes contre les accidents de route, des slogans du genre : « conduire ou boire, il faut choisir.» Le gouvernement sétait investi pour faire comprendre aux usagers de la route que celle-ci « tue. » Des équipes de sensibilisation avaient fait le tour du pays, dans lobjectif de sensibiliser les automobilistes sur la nécessité de se soucier des vies humaines lorsquils sont au volant. On ne peut pas dire quils ont véritablement compris. Les autorités devraient faire de même avec lusage du téléphone pendant quon est au volant. « Conduire ou téléphoner, il faut choisir » devrait être le slogan à faire circuler dans les centres-villes où les grosses cylindrées se font remarquer par des propriétaires occupés, non pas à tenir le volant, mais à téléphoner. Et un accident est vite arrivé. Le ministère des transports devrait sérieusement réfléchir à faire entendre raison à ces défenseurs de lincivisme, pour que soient évitées des morts inutiles.
Kadje Kamga