Pyongyang sort de laxe du mal
Avec ses visées nucléaires, la Corée du nord était aux yeux des Etats-Unis un état terroriste. Vendredi dernier, Pyongyang a accompli un geste symbolique en faisant sauter la tour de refroidissement de son principal réacteur nucléaire, à Yongbyon.
Depuis fort longtemps, les Etats-Unis comptent la Corée du nord parmi les pays soutenant le terrorisme. En 2002, ils avaient déclenché une crise avec elle. Voilà pourquoi Washington tenait absolument à la dénucléarisation de larchipel. Pour ce faire, de laborieuses négociations entre les EU et la République populaire démocratique de Corée (RPDC) sur le contenu de la liste de ses programmes nucléaires ont récemment abouti, avec la participation de six pays, notamment la Chine, les deux Corées, le Japon, la Russie et les Etats-Unis.
Conformément à l'accord intervenu au sein des Six en février 2007, la RPDC a arrêté sa centrale de Yongbyon où a été produit le plutonium utilisé pour son essai nucléaire d'octobre 2006. Depuis janvier, les négociateurs cherchaient une nouvelle formule de compromis sur la question de lexistence ou non dun programme clandestin denrichissement duranium. Cest devant les caméras de cinq chaînes de télévisions étrangères que sest passée la destruction de la tour de refroidissement de la centrale de Yongbyon. La vapeur qui se dégageait de ladite tour, visible, même sur les photos satellites, témoigne que dintenses activités nucléaires sy passaient. Une autre étape dans le bras de fer laborieux opposant la dictature nord-coréenne à la communauté internationale depuis des mois a été franchie jeudi dernier. Avec sept mois de retard, la Corée du nord a finalement remis à la Chine une déclaration détaillant ses principales activités nucléaires. En revanche, cette liste ne contient aucune information sur larmement nucléaire nord-coréen, principal élément dinquiétude de la communauté internationale. Washington, par la voix de ses experts, a estimé quune déclaration plus détaillée sera à lordre du jour ultérieurement. Le diplomate américain Christopher Hill, chargé du dossier nord-coréen auprès de Washington a précisé que « l'objectif actuellement, est de répertorier tous les matériaux, installations et programmes nucléaires. » Même son de cloche chez la Secrétaire dEtat américain, Condoleezza Rice, qui pense que « cette déclaration est une étape naturelle vers un accord sur les engins et les armes nucléaires. »
De son côté, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, avant dentamer une visite en Asie, a salué comme « développement encourageant » la décision de la Corée du Nord de déclarer et de détailler ses programmes nucléaires à la Chine, pays présidant les négociations à six sur la dénucléarisation de la péninsule Coréenne. Il a exhorté les pays participant aux négociations à six à profiter de cette occasion pour parvenir à une entente définitive avec la dictature nord-coréenne.
A la suite de ces événements, les Etats-Unis ont immédiatement ôté la Corée du nord de la liste des pays soutenant le terrorisme. Celle-ci na pas manqué dexprimer sa reconnaissance vis-à-vis de Washington. Le geste de Pyongyang pourrait alors lui valoir en plus, la fin de l'isolement politique notamment de la part des Américains, et la normalisation de ses relations diplomatiques. Mais certains pays comme la France, tout en se réjouissant du geste nord-coréen, attendent les conclusions de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) sur le démantèlement nucléaire en Corée du Nord, avant d'envisager une normalisation des relations avec Pyongyang.
Kadje Kamga